Guide pratique

Protéger l’identité numérique de ses enfants mineurs

14 juillet 2026 par

Votre enfant n'a pas encore de compte Instagram — mais il a peut-être déjà un profil Facebook créé par vous à sa naissance pour partager des photos, un numéro de sécurité sociale utilisé dans des formulaires en ligne, et des dizaines de photos de lui qui circulent depuis des années sans qu'il ait jamais pu donner son avis. Avant même d'avoir l'âge de comprendre ce qu'est internet, certains enfants ont déjà une empreinte numérique significative. Ce guide est là pour qu'elle soit la moins problématique possible.


Le sharenting : ce qu'on publie sans y penser

Le sharenting — contraction de "sharing" et "parenting" — désigne la pratique de partager des photos et informations sur ses enfants sur les réseaux sociaux. C'est devenu tellement courant qu'on n'y pense plus. Mais ces publications ont des conséquences réelles.

Une étude de 2023 estimait qu'un enfant européen avait en moyenne 1 300 photos de lui publiées en ligne avant ses 13 ans — souvent par ses parents, ses grands-parents, ou sa famille élargie. Ces photos sont accessibles, téléchargeables, et potentiellement réutilisables par n'importe qui si vos paramètres de confidentialité ne sont pas correctement configurés. Elles construisent une identité numérique que l'enfant n'a pas choisie et qu'il ne peut pas effacer facilement une fois adulte.

Ce n'est pas une raison de ne jamais rien publier. C'est une raison de le faire consciemment.


Les règles pratiques pour publier responsablement

☐ Vérifiez vos paramètres de confidentialité avant chaque publication Une photo partagée en "Amis" sur Facebook reste visible par tous les amis de vos amis s'ils y commentent ou réagissent. La portée réelle d'une publication est souvent plus large qu'on ne le pense. Sur Instagram, un compte public est visible par tout le monde — bots de collecte d'images inclus.

☐ Évitez les informations qui permettent de localiser votre enfant Le nom de son école, sa classe, le quartier où vous habitez, les lieux qu'il fréquente régulièrement. Séparément, chaque information semble anodine. Ensemble, elles constituent un profil utilisable. Les photos géolocalisées (la métadonnée GPS est intégrée dans les photos prises avec un smartphone) sont un vecteur méconnu — désactivez la localisation pour l'application Appareil photo.

☐ Demandez leur avis dès qu'ils sont en âge de le donner À partir de 7-8 ans, un enfant peut comprendre ce que signifie "cette photo sera visible par d'autres personnes". À partir de 10-11 ans, son consentement mérite d'être sollicité explicitement. C'est aussi une façon de les éduquer à la notion de vie privée numérique — en leur montrant que la leur compte.


Les comptes créés au nom de l'enfant

Certains parents créent des comptes email ou des profils sur des plateformes au nom de leur enfant pour "lui réserver son pseudo" ou partager des contenus avec un cercle limité. Ces comptes posent plusieurs problèmes :

Les plateformes ont des conditions d'âge minimum (13 ans pour la plupart des réseaux sociaux en Europe). Créer un compte au nom d'un enfant de 5 ans viole ces conditions et expose ses données sans qu'il puisse consentir. Lorsque l'enfant sera adulte, il héritera d'une identité numérique qu'il n'a pas construite — et devra peut-être gérer des contenus embarrassants publiés en son nom pendant des années.

Si vous voulez partager du contenu sur votre enfant avec votre famille, les applications de partage privé (Tinybeans, Moments, ou simplement un album photo partagé dans votre espace cloud familial) sont préférables aux réseaux publics.


Ce que le droit prévoit

En France, le droit à l'image de l'enfant est protégé. Les deux parents exercent conjointement l'autorité parentale — et donc le droit à l'image de leur enfant. En cas de désaccord (divorce, séparation), publier des photos de l'enfant sans l'accord de l'autre parent peut être contesté.

À sa majorité, votre enfant peut demander la suppression de toutes les photos publiées sans son consentement — y compris celles que vous avez mises en ligne. Juridiquement, son droit à l'image prime sur votre souvenir affectif.


Les adolescents et leurs propres comptes

À partir de 13-15 ans, vos enfants gèrent probablement eux-mêmes leurs comptes. Votre rôle change : il ne s'agit plus de contrôler, mais d'accompagner.

Les conversations utiles à avoir : pourquoi les paramètres de confidentialité existent, ce que signifie publier quelque chose "pour toujours" sur internet, comment reconnaître une tentative de manipulation ou de grooming en ligne, et ce qu'on fait si quelque chose de problématique se produit.

Ces conversations sont plus efficaces que n'importe quel logiciel de contrôle parental — et elles s'accumulent dans le temps.


À retenir
Paramètres de confidentialité : vérifiez-les avant chaque publication, pas une fois pour toutes
Localisation : désactivez le GPS dans l'application photo de votre téléphone
Comptes au nom de l'enfant : évitez — préférez des albums partagés privés
Dès 13 ans : conversations sur la vie privée numérique, pas (seulement) contrôle parental

Note finale : vos enfants vivront avec leur empreinte numérique beaucoup plus longtemps que vous ne la gérerez. Ce que vous publiez aujourd'hui sera potentiellement visible lors de leurs entretiens d'embauche, de leurs premières relations amoureuses, ou de leur propre parentalité. Ce n'est pas une raison de ne rien partager — c'est une raison de partager en y pensant un peu.



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