S’installer dans le Larzac pour élever des chèvres : le guide administratif de la fuite douce

Il y a ce moment, souvent un mardi à 10h43, pendant un point Jira ou un call inutile, où vous vous dites : « Et si je partais élever des chèvres dans le Larzac ? »

Ce n’est pas un caprice. C’est un cri du cœur. Et contrairement à ce que pense votre DRH, ce cri a une traduction administrative très précise.

Alors on respire un grand coup, on attrape une cloche et un formulaire, et on y va.


Étape 1 : Partir (vraiment)

Avant de penser chèvre, il faut penser rupture.

Si vous êtes salarié :

  • Démission si vous avez un CDI et un peu d’économies.
  • Rupture conventionnelle si vous visez les allocations chômage pendant votre reconversion. (Oui, il faut négocier. Non, ce n’est pas une sinécure.)
  • Congé sabbatique si vous préférez tester la vie pastorale avant de couper les ponts.

Astuce : dans le Larzac, il n’y a pas de Slack. Vous pouvez donc profiter de la rupture pour faire une vraie pause. Coupez tout. Mettez votre badge dans un tiroir. Respirez.


Étape 2 : Se former (oui, même à 40 ans)

Vous ne pouvez pas juste acheter une chèvre et l’appeler “Asana”. Il faut savoir :

  • nourrir,
  • soigner,
  • traire,
  • transformer,
  • et vendre sans finir en burn-out agricole.

Deux options principales :

  • Un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole) spécial “élevage caprin” → indispensable si vous voulez des aides publiques.
  • Des formations courtes via les Chambres d’Agriculture, l’AFPA, ou même certaines fermes qui proposent des stages pratiques.

Oui, vous retournerez sur les bancs de l’école. Mais au moins, là, personne ne dira “on fait un tour de table ?” avant chaque traite.


Étape 3 : Trouver une terre (et pas qu’au sens philosophique)

La SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural) est votre nouveau meilleur ami.

Elle centralise les offres de terrains agricoles, les cessions d’exploitations, et peut vous aider à trouver une ferme où poser vos bottes.

Autres pistes :

  • repertoireinstallation.adasea.net : pour repérer les installations transmissibles
  • terres-inovia.fr : petites annonces spécialisées agricoles
  • Les petites annonces dans les bulletins municipaux des villages du Larzac (oui, papier. C’est encore un monde où le bouche-à-oreille prime)

Important : sur le Larzac, les places sont chères. Mais les anciens aiment transmettre. Surtout à ceux qui ne confondent pas chèvre et startup.


Étape 4 : Créer son activité

Quand on élève des chèvres, on devient :

  • Agriculteur → statut à part entière, déclaration obligatoire à la MSA (Mutualité Sociale Agricole).
  • Producteur → si vous comptez vendre du fromage, des savons, ou des mugs “j’peux pas j’ai traite”.

Concrètement :

  • Déclaration à la MSA
  • Immatriculation à la Chambre d’Agriculture
  • Dépôt de dossier au CFE (Centre de Formalités des Entreprises)
  • Choix d’un statut juridique (exploitant individuel souvent, EARL ou GAEC si vous vous associez)
  • Ouverture d’un compte bancaire pro (oui, même pour vendre à la coopérative du coin)

Et vous pensiez que les US avaient le monopole de la paperasse entrepreneuriale ?

Bienvenue dans la France agricole.


Étape 5 : Toucher les aides (tant qu’il en reste)

Vous pouvez prétendre à :

  • DJA (Dotation Jeune Agriculteur) : jusqu’à 40 ans, à condition de suivre un BPREA et de présenter un PDE (Plan de Développement de l’Exploitation).
  • Aides bio si vous vous engagez dans une démarche écologique.
  • Aides régionales : selon votre projet et votre lieu d’installation (demandez à la Chambre d’Agriculture).

Oui, il y a des sous. Mais il faut monter un dossier béton. Et vous allez découvrir que l’éleveur de chèvres a parfois plus d’Excel à remplir que de bêtes à soigner.


Étape 6 : Apprendre à vivre avec le réel

  • Le réel, c’est 6h du matin.
  • Le réel, c’est l’agnelage en plein hiver.
  • Le réel, c’est une connexion 3G dans la grange, une hernie discale et de la boue jusqu’aux genoux.

Mais c’est aussi :

  • les chèvres qui vous reconnaissent,
  • les couchers de soleil sur le causse,
  • les marchés du coin où l’on vend des tommes encore tièdes,
  • et ce moment où vous réalisez que personne ne vous demande plus jamais “t’en es où sur la spec de l’épic ?”

Conclusion

Plaquer le produit pour le pâturage, c’est une idée noble. Et réalisable.

Mais ce n’est pas une fuite sans retour. C’est une reconversion complète, administrative, agricole, humaine.

Ce n’est pas plus simple que votre vie d’avant.

Mais c’est plus ancré. Plus concret. Plus vivant.

Et surtout : aucun formulaire Cerfa ne vous demande de “prévoir un onboarding gamifié pour le troupeau”. Pour le moment.