Vous avez peut-être grillé un feu. Ou franchi une ligne blanche. Ou tout simplement lâché l’accélérateur trop tard devant un radar mobile camouflé derrière une borne à incendie. Vous vous demandez où en sont vos points. C’est légitime. Mais voilà : dans la France du XXIe siècle, cette simple envie de savoir devient une plongée dans le grand bain administratif de la dématérialisation.
Spoiler : votre curiosité va coûter un identifiant, deux mots de passe, trois cookies, et un petit morceau de votre âme.
Etape 1 : Localiser le service
Tapez « consulter mes points permis » dans un moteur de recherche. Vous tombez sur une page appelée telepoints.info. Pas un site gouvernemental. Un portail vers un portail. Bref, une anti-chambre numérique.
On vous propose trois moyens d’accès :
- via un identifiant confidentiel fourni par votre préfecture (si vous l’avez reçu un jour…)
- via FranceConnect (si vous savez encore par quel service vous étiez passé)
- ou en créant un compte sur l’ANTS (si vous avez deux heures devant vous et le goût de l’aventure).
Etape 2 : FranceConnect ou l’hydre à mille visages
Utiliser FranceConnect, c’est comme emprunter un passage secret qui change de place à chaque fois. Vous hésitez entre vos identifiants impots.gouv, Ameli, ou La Poste. Rien ne marche. Puis tout marche. Puis plus rien.
Vous décidez de revenir plus tard. Il est déjà trop tard : vous avez été déconnecté pour inactivité.
Etape 3 : L’interface du passé
Si par miracle vous accédez à vos données, vous tombez sur une interface tout droit sortie de Windows XP. Des tableaux. Des lignes. Des dates.
Aucun graphique. Aucune mise en contexte. Pas de frise, pas de pictogramme. Juste l’info brute : « -1 point ».
Vous ne savez plus pourquoi, ni quand, ni comment. Vous cliquez. Rien ne s’ouvre. L’explication a été dématérialisée, elle aussi.
Etape 4 : Résister, ou au moins ralentir
Consulter vos points est un droit. Mais ce droit se mue insidieusement en une expérience d’auto-flicage consentie. Vous y retournez, pour vérifier, suivre, guetter.
Et puis vous vous rappelez : on pouvait autrefois aller en préfecture. Poser une question. Obtenir une réponse. Parler à un humain. Recevoir un papier.
Alors vous décidez de faire un pas de côté. Vous n’ouvrirez pas FranceConnect aujourd’hui. Vous attendrez le courrier officiel. Ou mieux : vous cesserez de vouloir tout savoir, tout de suite.
La transparence algorithmique n’est pas toujours un progrès. Surtout quand elle vous parle en Helvetica 10 pixels sur fond gris clair.
Conclusion
Résister à la dématérialisation, ce n’est pas refuser le progrès. C’est revendiquer le droit à l’opacité, à l’oubli, à la lenteur. C’est se dire que tout ne doit pas passer par un formulaire, une API, un identifiant unique.
C’est, parfois, appeler la préfecture. Et tomber sur une personne. Qui dit bonjour. Qui vous envoie ce fameux papier. Et qui ne vous demande pas de confirmer votre adresse mail.